Publié par : alfournet | 1 décembre 2008

L’aventure écrite par Joel Bessaguet

LE GRAND RAID DE LA REUNION . 24, 25, 26 octobre 2008.

 

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-Dis Papy, racontes-nous ta « Diagonale des Fous » ….. 

-Eh bien la Diagonale, ou « Le Grand Raid de la Réunion », ça ne se raconte pas… ça se vit !

C’est une aventure humaine…

Mais je vais tout de même vous raconter ce défi : 

Le départ a eu lieu le vendredi 24 octobre, à 0 h 00 mn, au sud de l’île, à Cap Méchant, juste 

avant St Philippe. Dans le groupe des Papillons, nous sommes onze à nous aligner sur le  

Grand Raid, et deux sur le Semi Raid. 

Une première voiture part de St Gilles vers 18 h, certains « raiders » souhaitant avoir le temps 

de manger sur place. Elle est composée de Willy, Thierry, Eric D, et moi, ainsi que Sandrine, 

qui doit ramener la « 206 ». 

Les éclairages du stade sont à fond, les voitures s’entassent sur les parkings, les concurrents se 

préparent fébrilement. 

A 21 h, je mange mes pâtes (au moins 2 parts !), et ma boîte de riz au lait. Mon estomac n’en 

peut plus, et demande un temps mort ! Maintenant, il faut attendre, vérifier le matériel et les 

vêtements une dernière fois. 

Le reste de la troupe arrive, ils ont préféré dîner au « Village Corail ». 

Avec la foule, on se retrouve plus ou moins, dans la file d’attente pour entrer dans l’enceinte 

du stade. Je suis à côté de Laurent Jalabert, pas fier du tout, qui patiente comme tout le monde 

Il se prête au jeu des photos et des autographes, avec le sourire. 

Vérification des sacs à dos, il faut montrer le matériel obligatoire : lampe, piles de rechange, 

couverture de survie, sifflet, eau, alimentation, bandes ), puis nous attendons l’horaire, en 

profitant des derniers instants avec nos supportrices… 

A minuit pile, la meute est lâchée, nous sommes environ 2400 à défier l’île, et c’est un long

ruban  multicolore qui s’allonge dans la nuit tropicale. Les « leds » des lampes frontales, sont 

en pleine intensité. 

Après trois Km de course sur la route nationale de St Philippe, nous bifurquons à gauche, 

direction  Mare Longue, et plus haut, le volcan de La Fournaise ! Je sais que j’ai environ six 

heures de montée à avaler ! 

Pour le moment, cette petite route bétonnée monte régulièrement en lacets. Je cours de temps 

en temps, sinon je marche d’un bon pas, rythmant l’allure avec le bâton à la main droite. 

( c’est un manche à balais en bois, acheté au « Score » de L’Ermitage  ) . 

Je m’aperçois que cette stratégie est efficace, et je laisse derrière moi mes collègues papillons, 

sauf les deux Eric ( Berton et Derouet ), intouchables et prétendant à des places d’honneur. 

La montée devient rude, le béton a laissé la place aux cailloux, et le chemin est devenu un 

sentier. Le passage est étroit, pratiquement une seule personne peut avancer dans la trace. 

Lorsque les difficultés arrivent, avec un dénivelé plus important, le peloton s’arrête quelques 

instants. Je me dis que j’ai bien fait de partir « vite », car je reste dans la fluidité de la troupe. 

Le gros du peloton va sûrement « coincé »… 

Les heures passent, nous sommes toujours en forêt. Tiens, 4 heures, en temps, j’aurais déjà 

fait un marathon ! … Je me sens bien, l’air est bon, et je garde mon rythme. 

Il y a de drôles d’odeurs sur ce trail…Il est vrai que nous sommes nombreux, et nous nous 

suivons de très prés. Avec le dénivelé, nous avons le nez juste à la hauteur des fesses du 

concurrent qui est devant nous !!! 

Cinq heures, nous sortons des sous-bois, et commençons à deviner les contours des reliefs. 

Le jour va se lever, nous traversons maintenant un maquis d’arbustes, en marchant sur la 

pierre de lave. En me retournant, j’apprécie l’image de ce long serpent illuminé, grimpant à 

l’assaut du volcan. L’aurore est là ; j’aperçois une première crête. Puis les sommets se 

détachent nettement, la lumière est belle, le ciel sera pur. Quel bonheur d’être ici ! J’étais 

venu deux fois voir le volcan, mais à chaque fois, il pleuvait…Cette fois je fais le plein 

d’images ! 

Nous passons les crêtes en longeant un immense cratère. Photos… A 6h 20, j’arrive au 

premier contrôle de Foc-Foc. Un verre d’eau, je ne m’attarde pas, je verrai au prochain, au 

31ème  Km, Colette, Arthur et Mathieu, doivent m’attendre. Toujours quelques photos, et 

j’arrive à la route du volcan. Sur ce méplat, je peux courir, nous sommes à plus de 2300 m 

d’altitude, et c’est une arrivée triomphante que j’effectue, sous les applaudissements de ma 

famille, accompagnée du couple Martel-Asselin, Annie-France et François. Ce dernier me 

mitraille, avec son reflex de pro. Il faut dire qu’il est journaliste au « JIR ». 

Je me pose quelques minutes, prends le temps de retirer mes chaussures, car des petits 

cailloux de lave sont entrés, pendant cette longue ascension. 

Le ravitaillement est copieux, je suis toujours très en forme. Mes supporters me confirment 

que je les retrouverai dans 1 h 30, sur une autre route du secteur volcanique. 

Philippe G. et Joao arrivent sur ce ravitaillement. Joao me demande ce que j’ai mangé, pour 

être si performant ! Nous repartons ensemble. Philippe fait de grandes enjambées dans la 

Plaine des Sables. Je suis obligé de trottiner pour rester à sa hauteur. Finalement, je reste avec 

Joao, mais je continue mon reportage photos, et aprés chaque prise de vue, je cours pour 

revenir sur Joao…Après quelques manœuvres comme celle-ci, je décide de tracer ma route 

tout seul. 

Au bout de la Plaine des Sables, les Remparts de Basaltes se dressent devant moi… Il va 

falloir les avaler ! La vue de tous ces « raiders » grimpant en chœur dans ces lacets de rocaille 

est très jolie. Un hélicoptère blanc tournoie au-dessus de nous, il filme la course ; je lui fais 

de grands signes avec les bras… 

J’arrive maintenant à l’Oratoire Ste Thérèse, à 2400 m, qui resplendit au soleil du matin. Je 

demande à une concurrente, si elle veut bien perdre 30 secondes pour me prendre en photo. 

Clic-clac, c’est dans la boîte. C’est le point le plus haut de la course, et on aperçoit à l’horizon 

les hauteurs du Piton des Neiges, qui culminent à 3071 m. C’est le plus haut sommet de 

l’Océan Indien. 

Au ravitaillement du Piton Texor, je commence à sentir une douleur au genou gauche. Je me 

souviens que ce matin, dans la montée au volcan, mon pied est parti de travers, sous un 

caillou, mais sans conséquence sur le moment, je n’y ai pas prêté attention. Dans ce genre de 

course d’endurance, le moindre « bobo » peu se transformer en catastrophe. 

Je le signale à Mathieu, qui court quelques centaines de mètres à côté de moi. Il aurait aimé 

en faire plus, mais une rage de dent le diminue physiquement. Je revois Arthur, Colette, 

Annie-France et François. C’est fou comme leurs encouragements me galvanisent ! 

Après avoir traversée la  RN 3, seule route qui traverse l’île, nous pénétrons maintenant dans 

la Plaine des Cafres. Le paysage change. Avec ses prairies et ses champs cultivés, on peut 

s’imaginer en Europe. Nous passons au-dessus des clôtures, grâce à de petites échelles 

métalliques. Des brassées d’arums poussent gaiement dans les champs, accompagnées de 

quelques fougères arborescentes, aussi appelées « fanjan ». La vue est du plus bel effet. 

Le champ de tir d’à côté est en plein exercice ! 

Je suis maintenant sur une route goudronnée, et en marchant avec un concurrent réunionnais, 

nous échangeons sur Les Papillons de Charcot. Quelques instants après, je reçois un appel 

de mes deux filles, Karine et Alice, qui suivent passionnément la course sur internet. 

Juste avant le ravitaillement de Mare à Boue, Annie-France et François me souhaitent bon 

courage. Ils rentrent à St Denis. 

C’est les militaires de Pierrefont qui ont installé le camp de Mare à Boue. Tout y est, contrôle, 

restaurant, infirmerie…Il y a même le général trois étoiles ! 

Je me dirige de suite à l’infirmerie, où une jolie blonde médecin ausculte mon genou. Son 

diagnostic ne me surprend pas, mais elle ne peut rien pour moi. Pas de « kiné » non plus 

pour me poser un « straping » qui tiendrait le dévers de l’articulation. 

Au ravitaillement, c’est Willy et Thierry qui me rejoignent, suivis quelques minutes plus tard 

de Philippe Bontemps .Ils ont aussi besoin de soins. Philippe repart plus tôt, en pensant qu’on 

le rattrapera. Après notre poulet-pâtes, pomme et café, nous décidons de rester tous les trois. 

Willy me confectionne un straping, et nous repartons vers le Coteau Maigre et la terrible  

montée du Kervéguen. Nous côtoyons le Piton des Neiges, la température s’en ressent. 

Au gîte du Piton, la soupe chaude est vraiment la bienvenue ! A la Caverne Dufour, nous 

n’avons pas rejoint Philippe. 

La longue descente s’amorce vers Cilaos. Tout en escalier, confectionné en bois brut, 

glissant, il nous faudra 2 h30 pour arriver au ravitaillement du « Bloc ». La nuit est tombée. 

Il pleut un crachin breton ! Mon genou gauche me fait souffrir, il n’a pas apprécié les 

centaines et les centaines de marches de la descente ! Mon bâton m’est très utile. 

Encore 4 km pour retrouver les lumières du stade de Cilaos, sur une route noire et humide, 

tout en croisant quelques voitures. 

On retrouve les femmes, qui ont bravé la route aux 400 virages, et la nuit froide de ce cirque. 

Je croise Joao, il m’apprend qu’il a abandonné, une blessure au pied lui interdit de continuer. 

Maintenant, il faut prendre soins de soi, car la route est encore longue. Même si nous avons 

accompli la moitié du parcours, la fatigue va accentuer les difficultés… et il en reste des 

tonnes ! Petit lavage des jambes et de la tête, pour me faire masser, ainsi que la pose d’un 

straping par un kiné très sympa, et surtout très performant. 

Je me restaure comme je peux, mais l’appétit n’est pas au rendez-vous. Je laisse mon assiette 

de pâtes au ¾ pleine. Je récupère mon sac de l’étape avec quelques vêtements secs,  j’embrasse

Maryvonne qui me souhaite « bon courage », et nous décidons de dormir une  heure. Départ prévu à minuit. 

Sur les lits de camp de l’armée, le sommeil est malgré tout difficile à trouver. Il y a toujours 

quelqu’un qui part ou qui arrive, téléphone, ou brasse ses poches nylons, etc… 

Thierry me tire les pieds, alors que je commençais juste à dormir !… J’avais posé mon sac 

bien en évidence, avec le ballon rose, signe de ralliement des Papillons de Charcot, car avec 

Willy, ils avaient dû dormir dans une autre tente. 

En me préparant, je croise Yves, il cherche Gisèle et Philippe G. Je lui propose ma couchette, 

mais il a déjà une place ailleurs. Nous apprendrons bien plus tard, qu’il ne s’est pas réveillé. 

Part ce fait, ayant dépassé la barrière horaire, il sera éliminé… 

Nous repartons dans la nuit humide, et prenons une mauvaise direction ! Par chance, les 

pompiers qui passaient par là, nous remettent dans le droit chemin. 

Nous abordons la descente de la Cascade Bras Rouge, que nous entendons, mais ne voyons 

pas. Nous allons quitter le cirque de Cilaos, et pénétrer celui de Mafate, par le col du Taïbit. 

Au départ du sentier, je ne fais pas honneur au ravitaillement. Rien ne passe, je mâche, mais 

ne peux avaler ! Cela m’inquiète pour la montée… et pour la suite ! 

Au départ, tout se passe bien, un groupe de jeunes créoles nous accompagne au rythme de 

percussions. Je suis étonné de les voir monter avec des « tongs » au pieds ! Je leur fais 

remarquer, mais une fille me répond aussitôt : « Moi si veux, peux monter en talons hauts ! 

Toi tu viens trop loin, tu connais pas ! » L’ambiance est sympa, d’autant que quelques lacets 

plus haut, Kakouk, le tisaneur de forêt, nous propose une boisson chaude de sa spécialité : 

une tisane à base de géranium et de jacque marron ! C’est d’après lui, très bon pendant 

l’effort. Je m’exécute…çà passe bien…et l’ascension  continue…

Cette montée est un enfer. Je souffre du genou, je sens la fatigue venir, je dois souffler tous 

les 200 m. Notre progression devient poussive…Je commence à envisager l’abandon ! 

Je ne vois pas comment je pourrai avaler les 70 km qui restent, d’autant que le relief de 

Mafate est prometteur… 

Les symptômes de l’hypoglycémie  se font sentir. Thierry et Willy m’encouragent, mais se 

demandent secrètement si je vais tenir. La nuit est longue, et le col est loin. 

Enfin, à force de volonté et de persévérance , le col du Taîbit est vaincu, juste avant le lever 

du jour ! Photos devant le panneau… 

Nous commençons la descente dans le cirque de Mafate, sous les premières lumières du 

matin. Pendant cette descente, nous réfléchissons à la réflexion sur mon éventuel abandon. 

Je prends conscience que si j’abandonne à Marlat, je suis condamné à ressortir du cirque 

a pied ! Tant qu’à marcher, autant le faire en continuant le Raid…dans le bon sens… 

Je n’abandonnerai pas !!! 

 Nous descendons à Marlat, où nous pointons à 5h 45mn. Je réussi à manger une soupe 

et un peu de pain. Nous avons prévu de nous reposer une heure . Je me glisse sous la tente de 

couchage, il n’y a plus de place ; Si, une ! Mais à cause d’une gouttière dans la toile, 

l’endroit est plutôt humide. Qu’importe, je déplie ma couverture de survie, et me love à 

l’intérieur, en me rapprochant le plus possible de mon voisin… qui est une voisine, car elle se 

lève quelques instants plus tard, et me donne sa couverture en lainage, bien plus chaude ! 

Quelqu’un me brasse…C’est Thierry qui me réveille…C’est déjà l’heure ? 

Il faut repartir, pour ne pas « jouer » de trop prés avec les barrières horaires, qui sont signes 

d’élimination ! Je suis étonné par la capacité du corps humain, à se mettre au diapason des 

efforts que nous lui demandons… Cette heure de sommeil a été bénéfique. Un café, trois 

gâteaux, et c’est reparti, dans ce merveilleux Cirque de Mafate, où nous allons passé la 

journée. Photos au passage de la passerelle Etheve Joset, traversée de la Plaine aux sables, 

ce ne sera qu’une succession de montées et descentes, avec des paysages à couper le souffle. 

Passerelles surplombant les ravines, îlets blottis sur leur petit replat, cascades, sentiers 

escarpés sous le soleil de midi. 

A Trois Roches, sur la Rivière des Galets, nous rencontrons Sébastien Folin, le présentateur 

Météo de TF1. Thierry se débrouille pour caser une interview , et en profite pour parler des 

Papillons avec notre défi. Il y a des caméras et des appareils photos partout sur ce site. C’est 

vrai qu’au bord de la rivière, le cadre est enchanteur. Un photographe me prend pour cible, et 

me demande de poser. Déplacement d’un mètre pour la lumière, regard perdu sur la montagne 

en mangeant ma tartine de pâté ! C’est bon, l’appétit revient, mais je n’avance pas vite à cause 

de mon genou gauche. Je compense la montée des marches avec l’autre jambe, qui du coup, 

travaille deux fois plus ! Nous arrivons au contrôle de l’école de  Roche Plate, où le 

ravitaillement est le bienvenu. Il y a même de la bière, la fameuse « Dodo ».Nous prenons 

plaisir à manger assis, au soleil. Une fois partie, je m’aperçois que j’ai oublié mes gants et 

mon bâton… Ce doit être  l’effet Dodo !! Je retourne aussitôt… cent mètres pour rien ! 

Mes deux compagnons sont toujours en avance sur moi, et m’attendent régulièrement. 

Quand tout à coup Thierry m’interpelle : 

« Joël, il faut qu’on parle sérieusement ! On se rapproche dangereusement des barrières 

horaires, ce serait bête d’être éliminés tous les trois… Donc, si tu veux bien, nous partons 

devant, et toi tu fait au mieux pour passer. Il faut être à Grand Place les Bas avant 16 h ! » 

Je suis tout à fait d’accord pour ce plan, et ils partent… 

Me voilà seul pour gérer ma course… J’en suis presque soulagé, car j’avais quelques 

scrupules en les voyant m’attendre. Mais je ne m’avoue pas vaincu ! Je m’attaque à la terrible 

montée de la Crête des Calumets. C’est une véritable escalade, il faut y mettre les mains ! 

500 m de dénivelé, sur 1 km 900 ! Je m’en sors pas trop mal, car du petit groupe du départ, 

nous ne sommes plus que deux  au sommet. Il faut dire que les dernières marches bétonnées 

ont fait la sélection… Ouf, c’est fini ! Je descends maintenant tranquillement vers le rendez- 

vous de Grand Place les Bas, parmi quelques jardins ou des cultures de maïs irrigués. 

Je suis dans les temps, et me dirige de suite vers la tente des soins. J’avise un lit de camp, et 

m’installe pour m’occuper de mes pieds. Surprise, je retrouve Thierry et Willy, également en 

« escale » de soins. Nous échangeons quelques réflexions, ils sont prêts à repartir. 

Mes pieds vont bien, malgré une petite douleur sous les plantes, sans doute à force de marcher 

sur les cailloux…Une bonne couche de « Nok », chaussettes propres, plus une deuxième paire 

par dessus, laçage des chaussures bien étudié, et c’est reparti ! 

En passant au ravitaillement, je suis abordé par un jeune concurrent, qui me demande si je 

peux accompagner son groupe ( quatre personnes) dans la montée d’Aurère. Je suis interloqué 

par sa requête, mais il m’explique qu’ils sont jeunes, un peu fougueux, et qu’ils recherchent 

plutôt quelqu’un d’expérience (il n’a pas osé dire « un vieux » !), pour réguler leur allure ! 

Je réponds que je ne suis certainement pas le meilleur compromis, mais le challenge me plaît, 

Et ils s’alignent derrière moi. Dix km de montée, il faut environ 2 h 30. Au dernier « ravito », 

j’ai de nouveau bien mangé, la confiance revient, et ce rôle de responsable va jouer comme un 

« booster ». 

Nous avançons régulièrement, et la conversation s’installe. J’apprends que c’est un groupe 

des Pompiers de Paris, dont une partie est devant, ceux-là  étant livrés à eux même et 

souhaitant avoir un appui… Il y a une quinzaine d’heures, j’étais à « la ramasse », en me 

demandant si j’allais abandonner, et tout à coup, me voilà devenu le « coatch » de sportifs 

professionnels !!! L’histoire est cocasse ! 

Après une ascension impeccable, et quelques passages à flan de rempart, assurés par des 

câbles fixés dans la parois, nous arrivons à Aurère en allumant nos frontales. Nous avons 

mis 2 h 20. 

Je retrouve encore mes deux collègues, qui finalement ne vont pas beaucoup plus vite que 

moi, je leurs raconte mon aventure de cette étape, ils n’en croient pas leurs oreilles. 

Nous décidons de continuer ensemble, et de finir ensemble !!! 

Cette fois, il faut descendre pour sortir du cirque de Mafate, et rejoindre le camp de Deux 

Bras. Pendant que l’on finit de se ravitailler avec Willy, Thierry part devant pour téléphoner, 

en disant qu’on le rejoindra. Nous ne le reverrons qu’à Deux Bras ! 

L’inquiétude de Willy est marquante, il pense qu’il est devant nous, moi je pense qu’il est 

derrière, sans bâton, car j’ai pris le sien pour ne pas l’embarrasser en téléphonant. 

A propos de bâton, je crois que je lui dois beaucoup, dans toutes les situations : équilibre, 

passages difficiles, aide pour compenser la blessure, descentes, montées… 

Nous avançons dans la nuit, dans cette longue descente difficile, Willy me distançant 

régulièrement, pour arriver dans le lit de la Rivière des Galets, qui se sépare en « 2 bras ». 

Quelques passages à gué compliquent notre avancée, avec des fortunes diverses. Je glisse sur 

un rocher humide, et je me retrouve dans l’eau jusqu’aux genoux ! A ce point, il vaut mieux 

terminer la traversée en marchant dans l’eau… 

A ce moment là, nous sommes surpris de rencontrer Gisèle et Philippe Garaud. Pratiquement 

en pleurs, Gisèle nous explique qu’ils sont éliminés, n’ayant pu passer la barrière horaire de 

Grand Place les Bas ! Un an de préparation, un voyage à La Réunion, une équipe, un projet, 

Tout cela est gâché… Nous compatissons  à leur déception, nous les encourageons également, 

car ils ont vécu les trois quarts du raid, nous les sentons très fatigués. 

Nous marchons sur du sable très fin, que je ramasse de temps en temps, par plaisir, pour le 

toucher. Dans la nuit chaude, les projecteurs illuminent cet immense camp de Deux Bras, 

préparé par les militaires, spécialement pour le Grand Raid. 

Il est 21 h 30. Ici, il faut se refaire une santé ! Après le pointage, nous nous dirigeons vers le 

resto ;  C’est le grand luxe, avec un choix de menus : soupe, viandes, pâtes, sandwichs, 

desserts, café,…Une fois installés à table, nous apercevons Thierry, arrivé depuis dix minutes, 

il s’est douché (il était bien devant). De l’équipe des Papillons, nous sommes cinq autour de la 

table, mais l’ambiance n’est pas à la rigolade. Nos amis vont rester dormir ici jusqu’à demain, 

et nous, devons garder notre lucidité pour discuter du repos à prendre. Il faut repartir d’ici 

avant 3 heures du matin. Je suis partisan de dormir 2 h. Thierry pense qu’une heure suffira. 

Nous sommes samedi soir, et je me rends compte que je n’ai pratiquement pas dormi depuis 

la nuit de jeudi ! Nous tranchons pour un sommeil de 1 h 30… 

Ici, le repos est très organisé, avec dossiers, planning de réveil, les militaires font de 

l’administratif ! On fait la queue avant de se voir attribuer un lit de camp. Je m’allonge, en 

n’oubliant pas de poser mon sac et mon dossard bien en évidence. Malgré le bruit et les 

lumières intenses, je m’endors de suite ! 

Philippe et Gisèle dormiront  sous la même tente que moi, mais au fond, car maintenant, ils 

ont malheureusement toute la nuit pour se reposer. 

Réveil à minuit quinze par Thierry, je m’aperçois que ma tête est humide… Mon voisin, en 

appuyant son sac, n’a pas vu que le tube de son « camelbak », s’est posé sur mon lit, au 

niveau de ma tête, et l’eau a coulé tout doucement… 

L’équipement est vite remis sur les épaules, et nous filons vers le contrôle du camp, pour le 

pointage de sortie, il est minuit cinquante. 

Dés ce départ, après avoir traversé à gué le bras Ste Suzanne, il faut s’attaquer à la montée de

Dos d’Ane dans la nuit. Cette escalade a une réputation terrible, car l’accumulation de la 

distance, de la fatigue, et le manque de sommeil, peuvent fragiliser une lucidité indispensable 

pour progresser. Pour nous, la nuit sera certainement bénéfique, car nous ne voyons pas le 

vide que nous côtoyons à tous moments. Des échelles ou des câbles servant de main courante, 

nous aident à grimper. 

Sans nous désunir, nous arrivons au village de Dos d’Ane, nous sommes soulagés, tout c’est 

bien passé, sans problème pour nous trois. Ma lampe frontale n’en peu plus, c’est la fin des 

piles. J’avise une autre lampe à main pour finir la nuit. Nous déambulons dans le village pour 

trouver la suite du sentier. A gauche de la route, une voiture stationnée nous fait un appel de 

phares. C’est la « 206 » d’ Alain et Monique, accompagnés d’ Isabelle. Quel bonheur de se 

retrouver dans cette galère, il y a des étreintes qui n’en finissent plus… 

Thierry retrouve son épouse pendant quelques minutes. Alain nous donne des nouvelles des 

arrivants : Eric Berton a passé la ligne en 35 h 37 ! chapeau. Eric Derouet , en 48 h 45, ensuite 

sont arrivés les deux Philippe, Gaudin et Bontemps, en 51 h. 

Pour Isabelle et Monique, le Semi-Raid s ‘est arrêté dans le cirque de Mafate, les barrières 

horaires ont été sans pitié ! Avec beaucoup de choses à redire ! 

A nous maintenant de finir notre raid. Alain prévoit de nous revoir à La Redoute dans 7 à 8 h ! 

Direction la Roche Vert Bouteille, le Piton Fougère, et le Piton Bâtard… Ce sera le dernier ! 

Dans toutes ces dernières pentes, le moral vacille. Le jour s’est levé, le brouillard aussi, nous 

dominons les reliefs entre Mafate et Dos d’Ane, sur des crêtes vertigineuses. 

Vers 7 heures, nous marchons comme des « zombis », en montant toujours ! Tous les trois 

en même temps, nous avons soudain envie de dormir… J’avise un petit espace d’herbe, au 

bord du sentier : « Moi je dors là ! ». « Tu ne veux pas monter 50 m, on se couchera sur le 

replat du piton ? » me dit Thierry. « Non, moi c’est là que je dors ! ». j’ai déjà déplié ma 

couverture de survie, et après avoir réglé ma montre pour qu’elle sonne dans 30 mn, je 

m’enroule en « chien de fusil »,et m’endors aussitôt. 

« Eh monsieur…est-ce que çà va ? » … Je suis réveillé par un concurrent qui s’inquiète de 

cette boule brillante au bord du sentier ! « oui, oui, çà va, je dors trente minutes, merci »  Ok. 

Quelques minutes plus tard, même scénario…Décidément, on ne peut pas dormir tranquille 

une demie-heure ! 

Déjà ma montre sonne et me réveille. Il faut repartir. Pour la première fois dans ce raid, j’ai 

froid. Je garde le coupe-vent, et monte retrouver mes deux acolytes, toujours endormis…On 

ne les a pas dérangés, car ils étaient deux, et installés dans un endroit plus rassurant. 

Nous repartons et gravissons le Piton Bâtard, une des dernière difficulté de ce Grand Raid. 

Car maintenant, nous redescendons vers la mer, vers St Denis et son stade de La Redoute, où 

est jugée l’arrivée ! Cette descente comporte aussi de belles difficultés. Part endroit, la boue 

« scotche » nos foulées, mais nous sommes heureux d’entamer le début de la fin. 

L’euphorie d’en finir avec cette longue épreuve me donne des ailes, je me lance dans une 

descente tout schuss ! Willy et Thierry ne peuvent plus me suivre ! J’arrive au kiosque de la 

Plaine d’Affouches avec un peu d’avance. Ici nouvelle pose ravitaillement. L’odeur des 

saucisses cuisant sur le barbecue, a envahie la forêt. La soupe est bonne. J’aperçois un pack de 

Dodo dans un coin. J’en demande une : « Pas de problème, Monsieur » me répond une 

sympathique  créole, occupée prés des fourneaux de soupe. 

Nous reprenons la route, sur un chemin recouvert de boue collante, pendant 3 ou 4 km, puis 

nous nous engageons dans la forêt, par le sentier qui nous fera sortir sur l’espace du Colorado, 

en rasant les antennes sphériques. Puis c’est la clairière et la prairie, je reconnais tous ces 

endroits pour y avoir randonné en 2007, avec Maryvonne. 

L’appel de l’arrivée me relance de nouveau à courir comme un fou, même image de la famille 

« Ingalls », dans « La petite maison dans la prairie ». Je pointe au contrôle du Colorado, je me 

sent en pleine forme. Les bénévoles m’accueillent avec enthousiasme, en me tendant un verre 

de Dodo ! Peu après, Willy arrive, tout sourire, en me demandant ce qui m’a pris ?… et 

Thierry, qui lui a fait une roulade, paraît-il d’anthologie, dans la partie herbeuse du Colorado ! 

C’est à ce contrôle que je retrouve mon interlocuteur des pompiers de Paris, que j’avais 

« emmené » dans la montée d’ Aurère. Nous échangeons nos impressions de course, heureux 

d’être bientôt arrivés, et j’apprends que c’est lui qui à « tocqué » sur ma couverture, lorsque 

j’étais endormi sur le Piton Bâtard ! 

Maintenant, il faut s’attaquer au sentier de crête, longeant la Rivière de St Denis, qui domine 

la ville. Nous apercevons le stade de La Redoute ! La descente est technique. Les articulations 

font mal, et le muscle de la cuisse droite a du travailler trop fort dans les escaliers pour 

compenser l’autre. Il me brûle. 

Mais la progression est tout de même là. Nous avons enfilé le tee-shirt officiel du Grand Raid, 

obligatoire pour le finish, avant de passer sous le grand pont. 

Ca y est, nous sommes dans la ligne droite qui mène au stade. Nos épouses viennent au devant 

de nous…L’image est superbe, Sandrine à côté de Willy, Isabelle avec Thierry, et Maryvonne 

à mes côtés ! 

L’entrée dans le stade est triomphante ! Tous nos amis sont là ! comme disait J.Claude Brialy 

Nous sommes tous les trois côte à côte, sur la piste du stade, on a déplié la banderole des 

Papillons de Charcot, avec des ballons roses dans les mains, nous sommes entourés de 

photographes et de caméras. Nous passons l’arrivée en 59 h 16 mn !!! 

La médaille tant méritée, nous est posée autour du coup, et on nous remet le tee-shirt des 

« finisher », où il est écrit : « J’ai survécu » !!! 

Ouf ! heureux, pas cassé du tout, nous répondons aux questions de nos amis. J’ai la chance 

d’avoir autour de moi, ma femme, ma sœur Colette, son mari Arthur, leur fils Mathieu, le 

couple Martel-Asselin (François et Annie-France), et aussi Christian et Marlène Tolède, de 

St Denis-Bellepierre, dont nous avions gardé la maison en 2007.

  Maintenant, il faut décompresser, boire une bonne Dodo bien fraîche, se doucher, se faire 

masser…et manger, bien assis, devant une vraie assiette ! 

Signature sur le grand panneau des arrivées, en face notre nom et notre photo, sauf que pour 

moi, ce n’est pas la mienne, les organisateurs se sont trompés, et tout mon dossier a été 

imprimé avec la photo de Willy ! 

La Diagonale est terminée !!! J’espère que cette aventure vous a captivés… à bientôt… 

 

Bilan de ce Grand Raid : Objectif atteint, je suis arrivé au bout, dans les temps !

 

                                         Pas cassé ! 

                                         J’ai profité des paysages ! 

                                         Un trio d’enfer ! 

                                         Une équipe sensas ! 

 

Je REMERCIE :               Thierry et Willy !!! 

 

Je remercie aussi :           Maryvonne 

                                        Mes chaussures « Salomon » 

                                        Mon bâton 

                                        Mon sac 

                                        L’organisation du Grand Raid 

                                        Les Papillons 

                                        L’équipe de Courir pour les Autres 17 

                                        Nos Partenaires 

                                        Mes filles 

                                        Ma famille 

                                        Le kiné de Cilaos 

                                        Et moi, pour avoir tenu le coup ! 

 

                                                   F I N

  

 

QUELQUES  REFLEXIONS  D’APRES  COURSE :

 

C’est un événement… Cette course dépasse l’entendement et les habitudes ! 

Le corps humain est mis à rude épreuve…Plusieurs facteurs entrent en jeu : 

Endurance, résistance, gestion de l’alimentation, du sommeil, de la fatigue, de la température, 

courir de nuit en terrain difficile, être psychologiquement fort… et avoir aussi de la chance ! 

La chance de ne pas se faire trop de mal physiquement, sur ses appuis, ses articulations, son 

corps en général. 

Personnellement, deux problèmes m’ont compliqué la course : la légère distension de 

ligament au genou, et le début d’hypoglycémie dans la deuxième nuit. Mais c’est le moral qui 

m’a fait tenir, ainsi que les encouragements des copains. 

Sortie de là, pas de problème de pieds, ni d’échauffements aux seins, bras, épaules, entre- 

jambes. Pas de souci non plus, côté digestion ( je ne suis pas allé aux toilettes pendant trois 

jours !). Nous avons dormi trois heures trente, en trois fois ! sur les 59 h ! 

Je suis très étonné par la capacité du corps humain, à se mettre au diapason d’une telle 

épreuve. En particulier pour ce qui est du sommeil… Une heure suffit pour repartir du bon 

pied… ( voir les navigateurs solitaires ). La motivation doit jouer un rôle majeur. J’ai toujours 

pensé que le corps devait se programmer instinctivement, pour chaque épreuve demandée. 

La préparation est aussi le passage obligé, qui conditionne le physique et le moral. 

Parlons maintenant de la récupération d’après course : 

Nous sommes arrivés dimanche matin, 26 octobre, le lendemain après-midi, je suis reparti en 

randonnée ( 3 h ), ainsi que le mercredi, où nous sommes descendus au Cirque de Mafate, 

depuis le Maïdo. 

Par-contre, mes nuits sont passées à 8 / 9 h de sommeil (au lieu de 6 / 7 ), pendant une dizaine 

de jours… Que du bonheur !!! 

 Porter les couleurs des Papillons de Charcot, fut aussi très valorisant. 

Les pensées, pendant ce raid, sont souvent parties vers nos connaissances, souffrant de la 

S.L.A. Nous avons mis un point d’honneur, à faire de notre mieux au niveau sportif, et en 

communiquant le plus possible sur le projet qui nous a conduit jusqu’ici. 

Gilles Bonnefont ne s’y est pas trompé, en nous accueillant à Roissy.

 

Merci encore…et Salut à Alain F.  

Joël Bessaguet.                                   

 


Responses

  1. Superbe soirée à chacun des participants de cette communauté ,

    Pour commencer , permettez-moi de vous montrer mon appréciation pour toutes les très pertinentes connaissances que j’ai lues sur cet beau phorum .

    Je ne suis pas convaincue d’être au bon endroit mais je n’en ai pas trouvé de meilleur.

    Je proviens de Heriot bay, canada . J’ai 34 ans et j’élève 5 super enfants qui sont tous âgés entre cinq ou 11 ans (1 est adopté). J’aime bien beaucoup les animaux et je tempte de leur donner les accessoires qui leur rendent la vie plus diversifiée .

    Merci dès aujourd’hui pour toutes les très « à propos » délibérations à venir et je vous remercie de votre compréhension pour mon français moins qu’idéal : ma langue de naissance est le portuguais et je tempte d’apprendre mais c’est très ardu !

    A une autre fois

    Arthru


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