Publié par : alfournet | 8 décembre 2009

L’hypersalivation

 

L’hypersalivation

Auteur(s) : Nadia Vandenberghe

Centre SLA Lyon, Hôpital neurologique Pierre-Wertheimer,
Lyon

L’hypersalivation résulte d’une quantité excessive de salive
dans la bouche et l’arrière-bouche (pharynx). La salive est
responsable d’un certain nombre de complications physiques et
psychosociales, comme le fait de baver, une mauvaise haleine et une
stigmatisation sociale. L’excès de salive au niveau du pharynx peut
être également responsable de fausses-routes (la salive est
déglutie dans les poumons au lieu de l’être dans l’estomac),
d’infection des poumons, et même de décès.

Sécrétion salivaire

La salive est un liquide biologique produit par les glandes
salivaires à l’intérieur de la bouche (les glandes parotides,
responsables d’une salive séreuse et liquide ; les glandes
sous-maxillaires, et les glandes sublinguales qui sécrètent une
salive séromuqueuse plus épaisse). De très nombreuses glandes
salivaires appelées « accessoires » tapissent toute la bouche et
sécrètent plutôt une salive épaisse muqueuse. Les glandes
parotides sont situées devant l’oreille, ce sont les glandes
salivaires les plus volumineuses. Les glandes sous-maxillaires
et sublinguales sont situées dans le plancher de la bouche.
Les glandes salivaires accessoires sont situées à l’intérieur
des lèvres.

Soixante-dix pour cent de la salive proviennent des trois
grosses glandes et 30 % des glandes salivaires accessoires.
Le contrôle de la sécrétion salivaire est assuré par le
système nerveux autonome. Ce dernier, également appelé «
végétatif », est un système qui permet de réguler différentes
fonctions automatiques de l’organisme (digestion, respiration,
circulation artérielle et veineuse, pression artérielle, sécrétion
et excrétion). Ainsi, ce contrôle, ou l’innervation des glandes
salivaires, est mixte : cholinergique pour le système nerveux
parasympathique (responsable d’une sécrétion abondante et fluide),
et noradrénergique pour le système nerveux orthosympathique
(responsable d’une sécrétion salivaire peu abondante et visqueuse).
La sécrétion salivaire est également contrôlée par des
hormones, substances produites par une glande ou par un tissu et
transportées par le sang pour agir sur un organe ou sur un autre
tissu situé à distance. La posthypophyse, une glande située à
la base du cerveau, sécrète des hormones qui diminuent la sécrétion
salivaire. L’aldostérone est une hormone fabriquée par les glandes
surrénales, situées à côté des reins, qui augmente la sécrétion
salivaire. Les facteurs environnementaux (stimulation acide
dans la bouche, mastication) contrôlent également la quantité de
salive sécrétée. Le rôle de la salive est multiple :
l’humidification de l’intérieur de la bouche, la défense de la
bouche contre les lésions des muqueuses et des dents, favoriser la
digestion et la déglutition, participer à la gustation car elle
dissout les substances, un rôle antiseptique pour détruire les
infections, et un rôle de protection de l’œsophage.

Situations cliniques

Chaque jour, 1 000 à 1 500 mL de salive sont
fabriqués. La production salivaire au repos est de 100 mL
et peut devenir jusqu’à 10 fois plus abondante lors des
stimulations. Certains médicaments peuvent également augmenter la
quantité de salive (certains traitements pour l’épilepsie, pour la
douleur, pour la maladie d’Alzheimer, etc.). Le dérèglement
exact à l’origine de l’hypersalivation n’est pas connu. Dans le cas
d’un problème neurologique, il s’agit plus souvent d’une difficulté
pour fermer la bouche, liée à une faiblesse des muscles et des
troubles pour déglutir la salive, plutôt que d’une augmentation de
la sécrétion de salive. Les patients sont incapables d’avaler
la salive assez rapidement pour en prévenir l’écoulement par la
bouche s’il y une quantité importante.

Les maladies neurologiques figurent parmi les causes les plus
fréquentes d’hypersalivation (70 % des patients atteints de maladie
de Parkinson [maladie neurodégénérative qui altère le contrôle des
mouvements], 10 à 40 % des enfants atteints d’infirmité
motrice cérébrale ou paralysie cérébrale ainsi que de retard
mental, et un pourcentage indéterminé de patients souffrant de
sclérose latérale amyotrophique [maladie neurodégénérative qui
touche la force des muscles volontaires ou de tétraplégie, liée à
une lésion de la moelle épinière]).

L’hypersalivation entraîne des complications physiques telles
qu’une irritation autour de la bouche, des surinfections (au niveau
de la peau, de la bouche ou des poumons), une déshydratation, une
gêne au moment des repas, une aggravation des risques de
fausse-route et des complications psycho-sociales avec un isolement
de la personne par la détérioration de l’image corporelle
(écoulement de la salive sur l’oreiller la nuit, sur les vêtements,
sur les mains, d’autres objets à proximité avec la nécessité
d’utiliser de façon permanente un mouchoir), et la gêne que cela
peut occasionner en public.

Traitements

L’origine exacte de l’hypersalivation étant mal définie, son
traitement n’en est que plus complexe. Aucun des traitements
actuellement proposés pour l’hypersalivation n’a eu une
autorisation de mise sur le marché dans cette indication-là, et les
preuves scientifiques sont faibles. Il n’existe aucune étude
comparative entre les différents agents utilisés.

Dans un premier temps, pour les symptômes modérés, il est
possible d’utiliser des thérapies comportementales comme la méthode
du « biofeedback » (le patient s’entraîne à associer une
déglutition ou l’essuyage du visage lors d’un signal sonore) ou de
l’acupuncture. On propose également une prise en charge
orthophonique, discipline paramédicale traitant du dépistage, du
bilan et de la rééducation des troubles de la voix, de la sphère
bucco-faciale, et de la déglutition pour entretenir les capacités
de déglutition du patient.

Pour les symptômes plus marqués, plusieurs choix de traitement
sont possibles, en plus de la prise en charge orthophonique.
Il s’agit de traitements oraux, sous forme de comprimés ou de
gouttes. On utilise, la plupart du temps, les effets secondaires de
certains médicaments pour diminuer la quantité de salive comme les
bêtabloquants, l’atropine, le patch de scopoderm qui agit en
traversant la peau (application transcutanée)

Si le trouble est sévère et reste gênant malgré les moyens de
prise en charge cités ci-dessus, un certain nombre de traitements
exceptionnels peuvent être proposés tout en tenant compte des
éventuels effets secondaires possibles.

  • L’irradiation locale des glandes salivaires peut être proposée
    chez des sujets qui ne tolèrent pas les traitements par la bouche
    ou en patch. Les rayons entraînent une sécheresse buccale qui
    peut durer de quelques mois à quelques années. Ce traitement
    peut être également proposé en tant qu’alternative à l’injection de
    la toxine botulique chez certains patients.
  • L’exérèse des glandes salivaires principales et la ligature des
    canaux salivaires sont des traitements définitifs de
    l’hypersalivation. L’ablation du système nerveux autonome des
    glandes salivaires par la section du nerf (neurectomie) par voie
    transtympanique est réversible au bout de quelques mois lors de la
    régénération des fibres nerveuses.
  • Des injections de toxine botulique au niveau des glandes
    parotides et/ou sous-maxillaires se sont avérées bénéfiques, avec
    des effets qui sont maintenus pendant 4 à 16 semaines, par le
    blocage du système cholinergique (cf. sécrétion salivaire).
    Il est possible de renouveler les injections au plus tôt tous
    les trois mois. L’injection par voie sous-cutanée, sous contrôle
    échographique et éventuellement sous anesthésie locale (patch
    Emla), est facilement réalisable.

Évaluation

Il n’existe pas de méthode quantitative objective pour mesurer la
production de salive. On peut utiliser des échelles
visuo-analogiques, en déplaçant un curseur sur une ligne, pour
quantifier la salivation ou l’amélioration de la gêne du patient.
Cela permet de recueillir des informations sensibles aux effets du
traitement à différents moments chez un même patient. On peut
également demander à l’orthophoniste de réaliser régulièrement des
bilans avant et après l’instauration du traitement.

Conclusion


L’hypersalivation est une source de gêne importante chez le patient
et il est important de le prendre en charge avec les différents
traitements. En fonction de chaque patient, telle ou telle
thérapeutique sera mieux tolérée, tout en tenant compte des effets
secondaires possibles.

Pour en savoir plus

[Costa et al., 2008] Costa J, Rocha ML,
Ferreira J, Evangelista T, Coelho M, de
Carvalho M. Botulinum toxin type-B improves sialorrhea and
quality of life in bulbaronset amyotrophic lateral sclerosis. J
Neurol
2008 ; 255 : 545-50.

[Couratier et al., 2004] Couratier P,
Perna A, Mabrouk T. Traitements symptomatiques. SLAII
– une approche multidisciplinaire
. Paris : Expressions
Santé, 2004 ; : 21.

[Neppelberg et al., 2007] Neppelberg E,
Haugen DF, Thorsen L, Thysnes OB. Radiotherapy
reduces sialorrhea in amyotrophic lateral sclerosis. Eur J
Neurol
2007 ; 14 : 1373-7.

[Postma et al., 2007] Postma AG,
Heesters M, van Laar T. Radiotherapy to the salivary
glands as treatment of sialorrhea in patients with parkinsonism.
Mov Disord 2007 ; 22 : 2430-5.

[Tysnes, 2008] Tysnes OB. Treatment of sialorrhea in
amyotrophic lateral sclerosis. Acta Neurol Scand Suppl
2008 ; 188 : 77-81.

Source : http://www.webneurologie.com/fr/patients/e-docs/00/04/51/4E/document_article.phtml


Responses

  1. merci de m envoyer les derniéres informations


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