Publié par : alfournet | 20 octobre 2010

Enquête sur la maladie de Charcot

Article paru dans le  Figaro du 19/10/2010

http://www.lefigaro.fr/sante/2010/10/17/01004-20101017ARTFIG00266-maladie-de-charcot-de-nombreuses-pistes.php

Par Martine Lochouarn

Les recherches progressent sur la sclérose latérale amyotrophique, une maladie qui entraîne une paralysie progressive des muscles et des troubles de la motricité.

 

«De plus en plus d’arguments nous conduisent à penser que la sclérose latérale amyotrophique n’est peut-être pas une maladie unique, mais plutôt un syndrome, un ensemble de symptômes. Cela pourrait expliquer son caractère très hétérogène et pourquoi nous nous heurtons à ces échecs dans la recherche de nouveaux traitements.» Le Pr Vincent Meininger, qui dirige au CHU Pitié-Salpêtrière le centre référent d’Ile-de-France pour cette maladie neurologique, espère donc beaucoup de l’étude transversale qui doit être lancée en janvier : l’étude et le suivi d’un millier de malades devraient permettre de voir si l’extrême diversité de cette maladie ne masque pas en réalité des sous-groupes différents, ce qui aurait des conséquences considérables sur l’orientation des recherches futures.

Parfois appelée maladie de Charcot, du nom du neurologue qui l’a décrite voici plus de cent ans, la sclérose latérale amyotrophique, ou SLA, est une grave maladie neurodégénérative. Elle se caractérise par une paralysie progressive des muscles et par des troubles de la motricité dus à une atteinte des neurones moteurs centraux et périphériques qui, du cerveau à la moelle épinière puis au muscle, commandent les mouvements volontaires.

Avec 4 nouveaux cas par jour, la SLA frappe environ 5.500 personnes en France, soit 2,5 cas pour 100.000 habitants, trois fois plus entre 45 et 70 ans. Les premiers signes de la maladie sont très divers et non spécifiques. Dans un tiers des SLA, dites bulbaires, l’atteinte concerne d’abord les motoneurones innervant la face et le pharynx, et provoque par exemple des difficultés d’élocution, de déglutition, une voix nasale… Dans les formes spinales, majoritaires, les motoneurones innervant les membres ou le tronc sont touchés en premier. Cela peut se traduire par une difficulté à effectuer certains gestes de la main, un trouble de la marche, etc. Les fonctions intellectuelles, elles, ne sont jamais perturbées.

Aucun test biologique ou médical ne permet le diagnostic. «Celui-ci repose sur la présence de signes cliniques compatibles avec la maladie, sur sa progressivité, et sur des examens complémentaires qui permettent surtout d’écarter d’autres causes, explique le Pr Philippe Corcia, neurologue et responsable du centre SLA régional de Tours. Mais l’évolution de la maladie est totalement imprévisible, qu’il s’agisse de la localisation des atteintes ou de sa vitesse de progression.» Celle-ci peut se compter en années, voire en décennies comme pour le physicien anglais Stephen Hawking qui a pu poursuivre malgré tout sa carrière. «Mais nous ne disposons d’aucun paramètre permettant de prédire l’évolution pour un patient donné», insiste le Pr Meininger.

 

Origine multifactorielle

S’il n’existe aucun traitement curatif de la SLA, un médicament neuroprotecteur, le riluzole, ralentit les effets de la maladie. Systématiquement prescrit, il est d’autant plus efficace qu’il est donné tôt. La rapidité du diagnostic est donc importante. «Depuis la création des centres référents pour la SLA, le délai entre l’apparition des premiers signes et le diagnostic est passé de 18 mois à 6, 7 mois», précise le neurologue. L’atteinte des fonctions respiratoires ou digestives est un facteur de mauvais pronostic, d’où l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire précoce pour en limiter l’impact. «Mais certains malades nous sont encore adressés tardivement, ce qui constitue une perte de chance», souligne le Pr Philippe Couratier, responsable du centre SLA régional de Limoges.

L’origine multifactorielle de la SLA ne fait plus guère de doute. Elle semble impliquer des facteurs environnementaux et des facteurs de risque génétiques, mais ses causes et les mécanismes en jeu restent largement méconnus. La maladie, qui touche les adultes des deux sexes, comporte 5% à 10% de formes familiales, dont 20% présentent une mutation du gène SOD1, lié à la réponse au stress oxydant. De nouvelles mutations sur les gènes TDP43 ou FUS ont été découvertes récemment. La piste d’une toxicité du glutamate, un neurotransmetteur, reste aussi ouverte. D’autres perturbations sont présentes, comme l’accumulation de protéines anormales dans le motoneurone. «Le processus de dégénérescence touche non seulement le motoneurone, mais aussi ses cellules annexes, astrocytes et microglie, ainsi probablement que le muscle, et cet ensemble de perturbations est nécessaire au déclenchement de la maladie. Tout comme probablement les interactions entre motoneurones et cellules inflammatoires», précise le Pr Meininger.

Compte tenu du caractère redoutable de la SLA, élucider ces mécanismes pour en tirer parti dans de nouveaux traitements reste une priorité.


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