Publié par : alfournet | 19 mars 2011

Les pesticides dans l’alimentation

Source :  » © Copyright 2007 – 2011 Handicap Infos, Tous droits réservés « 

Le Figaro;      http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2011/03/18/10001-20110318ARTFIG00541-les-pesticides-dans-l-alimentation.php

 

Les pesticides dans l’alimentation

Par Pauline Fréour, Tristan Vey
18/03/2011  <!–

.

–>

L'épandage de pesticides dans une exploitation de pamplemousses,  en Floride.
L’épandage de pesticides dans une exploitation de pamplemousses, en Floride. Crédits photo : © Joe Skipper / Reuters/REUTERS

• Les pesticides, qu’est-ce que c’est ?

La définition du dictionnaire est intuitive : les pesticides sont des produits naturels ou synthétiques utilisés en agriculture pour protéger les plantes de certains être vivants. Les insecticides ont ainsi pour objectif de lutter contre les insectes ravageurs, les fongicides de protéger des champignons vecteurs de maladies et les herbicides de tuer les plantes concurrentes, communément appelées mauvaises herbes. A noter que d’autres produits, moins répandus, permettent de lutter contre les limaces (molluscicides), les rongeurs (rodenticides), certains vers (nématicides), etc.

Dans la loi, on parle à l’échelon européen de produits phytopharmaceutiques (qui incluent les engrais et autres accélérateurs de croissance) ou de biocides (pesticides à usage non-agricole qui peuvent aller de la lotion anti-poux aux produits de traitement pour le bois). Le terme de pesticide recouvre donc une réalité très vaste et mal définie.

Depuis qu’on les utilise à grande échelle, la gamme de ces produits n’a cessé d’évoluer. Soit parce que des études sanitaires montraient la toxicité de molécules qu’il fallait remplacer, soit parce que la résistance des organismes indésirables augmentait. Au final, on compte aujourd’hui environ 90 familles différentes de pesticides (au sens large) représentant 1100 molécules actives aux structures très différentes que l’on retrouve dans des milliers de produits commerciaux. Cette diversité complique l’étude de leurs effets sur la santé et l’analyse exhaustive des aliments, chaque molécule ou presque demandant un test spécifique.

 

• L’utilisation de pesticides dans l’agriculture en France

L’agriculture française est grande consommatrice de pesticides. La France représentait en 2009 le cinquième marché mondial de produits phytosanitaires (2 milliards d’euros), derrière les Etats-Unis, le Japon, le Brésil et la Chine, d’après l’Union des industries de la protection des plantes. Les agriculteurs français ont ainsi consommé 63.700 tonnes de substances actives en 2009, loin devant l’Italie (38.200 tonnes), l’Espagne (35.200) ou l’Allemagne (30.200), rapporte de son côté l’Association européenne de protection des cultures.

A l’issue du Grenelle de l’Environnement, le gouvernement a mis en place en 2008 le plan Ecophyto 2018 qui vise à réduire de moitié l’utilisation des pesticides à horizon 2018. Si elle est encourageante, la baisse de la quantité de produits phytosanitaires vendus en 2009 serait avant tout conjoncturelle. Rien ne permet de penser qu’elle traduit une tendance lourde, à en croire la première note de suivi du plan Ecophyto. Ce premier rapport souligne toutefois que le profil écotoxique des produits vendus se serait légèrement amélioré, en phase avec les recommandations déjà mises en place.

» DOCUMENT (pdf) – La première note de suivi du plan Ecophyto 2018

» DOCUMENT (pdf) – Rapport d’activité de l’UIPP 2009/2010

 

• Comment sont définis les seuils maximaux tolérables pour les aliments?

C’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui autorise la mise sur le marché des pesticides, avec l’accord des Etats-membres. Pour prendre leur décision, ses experts s’appuient sur des études scientifiques fournies par les fabricants de pesticides eux-mêmes et les sociétés de commercialisation. Ce mode de validation est d’ailleurs sujet à controverse.

Pour déterminer la nocivité d’un pesticide, on utilise un outil appelé «dose journalière admissible» (DJA). C’est la quantité maximale de pesticide pouvant être ingérée tous les jours de sa vie par un individu sans risque pour sa santé. Pour la définir, on calcule d’abord la dose sans effets (DES), qui est la quantité maximale de pesticide pouvant être consommée d’un coup par un organisme sans que cela ne produise aucun effet sur son métabolisme. La DJA correspond tout simplement au centième de cette DES.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments détermine ensuite des «limites maximale de résidus» (LMR) pour chaque aliment. Cette LMR est la concentration maximale d’un produit (pesticide) tolérée dans, ou sur, cet aliment. Elle tient compte du régime alimentaire moyen journalier de la population de telle sorte que personne ne puisse atteindre la dose journalière admissible associée à chacun des pesticides. Des facteurs de protection sont appliqués au calcul de la LMR de manière à ce que les personnes les plus fragiles comme les bébés ou les femmes enceintes soient bien pris en compte.

Des LMR communs à tous les pays européens ont été fixés pour 315 produits frais en 2008. Il est important de souligner qu’étant donné la manière dont elles sont définies, les LMR ne sont pas des seuils de toxicité. En soi, manger un fruit qui dépasse de peu cette limite n’est pas dangereux. En consommer tous les jours pendant des années peut en revanche conduire à une intoxication chronique ayant des effets délétères sur la santé.

» La base de données interactive de l’UE sur les pesticides

• L’exposition alimentaire de la population française

En contaminant nappes phréatiques, végétaux, animaux d’élevage et poissons, les pesticides peuvent intoxiquer de façon chronique les populations humaines. Mais comme l’explique Isabelle Baldi, chercheuse à l’Institut de santé publique d’épidémiologie et de développement de Bordeaux, ce problème sanitaire est mal connu.

Dans un rapport publié en mars 2010, l’observatoire des résidus de pesticides a fait la synthèse des études menées entre 2004 et 2006 sur la contamination des aliments ingérés par la population française. Une très grande diversité de résidus ont été retrouvés dans un très grand nombre d’échantillons. L’eau de consommation semble moins touchée que les fruits et les légumes. Les produits d’origine animale ont été moins étudiés :

http://www.lefigaro.fr/assets/flash/pesticides.swf

D’autre part, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a rendu publiques début 2009 de nouvelles données recueillies en 2007. Plus de 70% des fruits testés par la DGCCRF présentaient alors des résidus de pesticides et 8,5% dépassaient les LMR européennes, le plus souvent des fraises, des mandarines ou du raisin. Les bons élèves : pêches, bananes et pommes.

Dans la même étude, ce sont plus de 41% des légumes qui sont contaminés et plus de 7% avec un dépassement de la LMR. Étaient principalement concernés : les poivrons et piments, les tomates, les poireaux, les laitues et les épinards. À l’inverse, carottes, pommes de terre, endives et concombres présentaient un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne.

On notera que le taux de dépassement a augmenté globalement augmenté pour les fruits et légumes entre 2006 et 2007. Il n’était en 2006 que de 5,5% pour les produis français et de 8% pour les produits importés (soit 6% en moyenne pondérée, les produits français étant majoritaires dans l’étude). Sans surprise, les produits issus de l’agriculture biologique s’en sortent mieux : 250 des 282 échantillons testés en 2006 ne présentaient aucune trace de pesticide (près de 90%). Seul 1,4% dépassait les LMR. Les chiffres pour 2007 ne sont pas connus.

Jusqu’à aujourd’hui, les produits transformés n’ont pas fait l’objet de nombreuses analyses. Une étude menée entre 1990 et 2003 sur 13 vignobles a toutefois montré que l’on trouvait des résidus de pesticides dans près de 2% des échantillons de vin testés, et dans plus de 3,3% des échantillons de raisins. Quelques 202 échantillons d’autres produits transformés (raisins secs, farines de céréales, etc) ont également fait l’objet d’analyses en 2006. Environ 22% contenaient des pesticides et 3% dépassaient les LMR.

De nouvelles données très attendues seront présentées à l’été 2011 : les autorités dévoileront les résultats de l’Étude d’alimentation totale (EAT) qui a mobilisé de très nombreux laboratoires entre 2006 et 2009

» DOCUMENT (pdf) – Présentation de l’étude EAT

» DOCUMENT (pdf) – Le rapport 2010 de l’Observatoire des résidus de pesticides

 

L'exposition régulière mais à  faible dose de la population aux pesticides a des effets mal connus.
L’exposition régulière mais à faible dose de la population aux pesticides a des effets mal connus. Crédits photo : © Tim Wimborne / Reuters/REUTERS

• Les risques pour la santé

Les liens entre pesticides et maladies sont essentiellement étudiés chez les populations exposées dans le cadre de leur métier (agriculteurs, ouvriers agricoles, viticulteurs…). Il est très difficile d’étudier l’impact des pesticides sur la santé dans la population générale, compte tenu de la diversité des sources de contamination (alimentation, air inhalé, activités de jardinage…), de leur instabilité dans le temps et de la multiplicité des substances à analyser. L’alimentation est considérée comme la principale source de contamination pour le grand public. Une étude récente de l’Institut national de veille sanitaire a détecté des traces de pesticides chez l’ensemble des Français testés.

L’exposition régulière mais à faible dose de la population a des effets mal connus. Certains pesticides sont stockés pendant des décennies dans les tissus adipeux et l’on ne connaît pas encore leur niveau d’élimination. Il est en outre difficile d’évaluer l’effet cumulé de plus de deux pesticides – on appelle ça «l’effet cocktail» – et de savoir si ces effets s’additionnent ou se démultiplient. Des études ont néanmoins soulevé plusieurs pistes ces dernières années.

La responsabilité des pesticides dans l’augmentation des maladies endocriniennes de l’enfant est ainsi explorée depuis le début des années 2000. Ils sont soupçonnés d’induire des anomalies de la différenciation sexuelle, de ralentir la croissance fœtale, de retarder le développement psychomoteur et d’avancer la puberté chez les jeunes filles.

Des études menées chez les agriculteurs suggèrent un lien entre exposition aux pesticides et tumeurs cérébrales, leucémies, maladie de Parkinson ou plusieurs cancers hormono-dépendants (prostate, sein, testicules, ovaire). Ces résultats n’ont pas été extrapolés sur la population générale.

Pour pallier le manque d’informations sur le sujet, plusieurs études de grande ampleur sont en cours, auprès des agriculteurs essentiellement. L’étude de cohorte Agrican (agriculture et cancer) suit depuis 2005 quelque 180.000 professionnels du monde agricole, sur 11 départements français.

» DOCUMENT (pdf) – Rapport de l’INVS : Exposition de la population française aux polluants de l’environnement

» DOCUMENT – Le rapport de l’Office d’évaluation des choix scientifiques et technologiques sur les pesticides

 

• Le drame du chlordécone

Ce pesticide a été utilisé pendant 20 ans, en Guadeloupe et Martinique, pour lutter contre les charançons dans les bananeraies. La France n’a interdit ce perturbateur endocrinien, classé potentiellement cancérigène dès 1979 par le Centre international de recherche sur le cancer, qu’en 1993, contre 1976 pour les Etats-Unis. Conséquence : aux Antilles françaises, 20% des terres agricoles sont contaminées par ce produit. On retrouve du chlordécone dans les sols, les fruits et légumes – notamment les légumes-racines (patates douces, carottes, ignames) – et dans l’eau, où certains poissons et crustacées pourraient être contaminés.

Or, une étude épidémiologique de l’INVS publiée cet été révèle que l’exposition au chlordécone augmente de manière significative le risque de cancer de la prostate. Les chercheurs n’ont toutefois pas encore été en mesure de quantifier ce risque.

Depuis 2008, l’Etat français a lancé successivement deux «plans chlordécone» pour limiter la contamination des populations par la voie alimentaire, observer l’effet de cette molécule sur la population, notamment les enfants, et surveiller l’évolution du produit dans les eaux, les poissons ou les sols. Des études sont également menées sur la possibilité d’accélérer la dégradation de la molécule, mais aucune solution n’a encore été identifiée.

 


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :