Publié par : alfournet | 28 mai 2011

Francis se bat

Source :
auxerre.yr@centrefrance.com http://www.lyonne.fr/editions_locales/auxerre/tetraplegique_francis_joannis_se_bat_pour_garder_son_droit_de_vote@CARGNjFdJSsBERkNABQ-.html

Article de : Cécile Carton

Atteint de la maladie de Charcot, qui l’a rendu tétraplégique, Francis Joannis lutte pour conserver son statut de citoyen. Il a écrit au président de la République pour défendre son droit de vote.

«Prisonnier dans un carcan de chair et d’os. »

C’est ainsi que Francis Joannis, monestésien de 62 ans, se décrit. Atteint d’une maladie neuro-dégénérative, la sclérose latérale amyotrophique (SLA), cet ancien chef d’entreprise est progressivement devenu tétraplégique.

« Parfois, je me demande si j’ai envie de vivre et peur de mourir, ou envie de mourir et peur de vivre », explique-t-il.

Francis Joannis ne peut plus ni bouger, ni parler, ni écrire. Il s’exprime en clignant des yeux. Ses proches déchiffrent ses signaux grâce à une grille de consonnes et de voyelles. Mais s’il est prisonnier de son corps, l’homme n’en garde pas moins toutes ses facultés mentales. Et il s’accroche à ce qui lui reste, sa dignité.

« Je me demande si j’ai envie de vivre et peur de mourir, ou envie de mourir et peur de vivre. »

Lors des élections cantonales, au mois de mars, c’est donc naturellement qu’il a demandé à son épouse, Simone, d’établir une procuration afin que sa voix soit entendue au même titre que celle de tout autre citoyen.

« J’ai téléphoné à la gendarmerie de Seignelay pour demander des renseignements, raconte Simone Joannis. On m’a demandé si mon mari pouvait parler et écrire. J’ai dit non, ce à quoi on m’a répondu qu’il ne pouvait pas voter. »

Lorsqu’elle a transmis cette information à Francis Joannis, ce dernier était « fou furieux ». D’autant plus qu’en 2010, pour les élections municipales, ladite procuration lui avait été accordée.

« Le problème serait qu’étant donné que mon mari n’a plus la parole, on ne peut être sûr de ses intentions de vote. Notre communication et ma propre parole sont mises en doute », s’indigne Simone Joannis.

Contactée, la gendarmerie de Seignelay s’est contentée de rappeler la procédure habituelle et n’a pas souhaité s’exprimer pour l’instant, affirmant de pas avoir connaissance de ce cas précis.

En désespoir de cause, Francis Joannis a écrit, le 18 avril, une lettre au président de la République, Nicolas Sarkozy. Il y expliquait son cas et concluait :

« Je suis enfermé dans un carcan de chair et d’os, en plus on me retire le droit civique qui m’est dû. Comprenez ma déception et ma souffrance. »

Une réponse décevante de l’Élysée

Le 10 mai, Francis Joannis a reçu une réponse de l’Élysée.

« C’est la première chose qu’il m’a dite, ce jour-là », se souvient Sylvie Dancin, son auxiliaire de vie.

« Nous étions heureux, mais aussi déçus », raconte Simone Joannis.

Car la lettre, signée Guillaume Lambert, chef de cabinet du président, ne résout rien. Elle rappelle la loi du 11 février 2005 et promet :

« le chef d’État poursuivra sans relâche ses efforts pour assurer la pleine reconnaissance des droits et des besoins des personnes handicapées. »

Depuis, plus rien. Francis Joannis ne veut pas lâcher. « C’est un battant », assure Sylvie Dancin.

« Je vais écrire à Carla », fait comprendre avec les yeux, plein d’humour, Francis Joannis.

Cécile Carton
auxerre.yr@centrefrance.com

Association Les papillons de Charcot. En 2006, Francis Joannis a créé une association sur sa maladie. Contact : Les papillons de Charcot, 55, avenue Vergniaud, Saint-Maur-des-Fossés. Site : http://www.lespapillonsdecharcot.com.
Dans la loi les personnes handicapées ont droit «au plein exercice de la citoyenneté»

Dans la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, « toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté » (article 2).

Cette loi traite essentiellement de l’accessibilité physique des personnes handicapées aux bureaux de vote. Elle crée, dans le code électoral, un article L62-2 : « Les bureaux de vote doivent être accessibles aux personnes handicapées, quel que soit le type de ce handicap, notamment physique, sensoriel, mental ou psychique ».

En cas d’incapacité à se déplacer, la procédure permet aux personnes handicapées de demander une procuration. Des officiers de gendarmerie ou des policiers doivent se déplacer à domicile pour l’établir.

Le seul cas où une procuration peut être refusée est lorsque la personne handicapée n’a pas toutes ses facultés mentales et se trouve donc dans l’incapacité de voter en connaissance de cause.

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